Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle du Puy-en-Velay au cap Finisterre
62ème jour : Cabo Finisterre (12 kilomètres)

dimanche 26 octobre 2008
Une fois arrivé à Cabo Finisterre :
- j'aurai parcouru 1639 kilomètres
- il en restera à faire.
Dimanche 26 octobre je quitte la très sympathique auberge de Corcubion à proximité du col de San Roque (à ne pas confondre avec le col de même nom à 1270 m situé après O Cebreiro, celui-ci n'est qu'à 90 m).
Au loin Fisterra
Donc ce matin ce sont les deniers kilomètres vers le Cap Finisterre il fait très beau avec un peu de vent, quelques écharpes de brume flottent au-dessus de l'eau, la mer est très belle, comme un cadeau à la fin du voyage. Au loin j'aperçois le phare au bout du cap. Mises à part les éoliennes cela pourrait être n'importe où, cela ressemble à tous les bords de mer avec des plages, des dunes, des pins, le bruit des vagues, ... mais évidemment il y a pour moi une émotion particulière à être là, d'avoir accompli ce périple et de savoir que cela va se terminer, je me sens le cœur « bossa-nova », une nostalgie joyeuse.
C'est l'arrière saison et il n'y a personne, quelques mouettes et quelques pèlerins, certains s'écartent du chemin et préfèrent suivre le bord de mer, juste à côté de l'eau ; au loin un petit bateau, peut-être un pêcheur.
A Fisterra je trouve un bar, juste en face de l'arrêt du bus qui me ramènera ce soir à Santiago, et le tenancier accepte de garder mon sac, il y en a déjà plusieurs. Pour aller au cap il faut encore marcher environ 3 km sur une petite route qui domine la mer.
Arrivé au cap j'envoie quelques SMS aux enfants et j'appelle Hélène pour partager l'instant, pour partager cette émotion. Honnêtement on ne se rend pas vraiment compte qu'on est au bout du monde, il y a d'autres pointes de terre sur les côtés et si je ne savais pas que je suis au Finisterre je pourrais penser qu'elles avancent plus avant dans la mer.
La tradition veut que les pèlerins qui arrivent ici brûlent leurs vieux vêtements, leurs vielles chaussures. Je m'attendais à voir quelques uns de ces feux de joie mais rien. J'aperçois quelques traces d'anciens feux dans le creux des rochers mais c'est tout. Peut-être ont-ils lieu le soir ? Personnellement je n'avais pas l'intention de m'adonner à ce rite païen, j'ai encore besoin de tous mes oripeaux ; si je brule mes chaussures comment vais-je rentrer, cela serait quand même un comble d'attraper une ampoule le dernier jour en marchant avec des nu-pieds.
En revenant du cap je croise Erling le Danois. Il arrive de Muxia. Grand émotion de se retrouver là, depuis Saint-Jean-Pied-de-Port nous nous croisons et recroisons avec toujours le même plaisir. Lui a prévu de dormir ici, il rentrera demain à Santiago.
A Fisterra, sur le port, je retrouve le jeune Allemand qui peignait à Hospital de Orbigo, Anne, la Californienne avec qui j'avais fait un bout de route après Leon, on s'embrasse chaleureusement, et quelques autres, certains venus à pied d'autres en bus.
Pour profiter de l'ambiance océane je m'offre des fruits de mer dans un bar sur le port.
L'auberge pour pèlerins n'ouvre qu'à 15h. Je vais y faire un tour pour récupérer mon dernier tampon et le « certificat de fin de trajet » : c'est la queue, je prends mon tour, de toute façon il n'y a rien d'autre à faire en attendant le bus. Je ne suis pas particulièrement friand de ce genre de peau d'âne mais cela fera un souvenir, quelque chose de concret à montrer au retour, pour le partage des émotions ce sera plus difficile, en fait il me faudra plusieurs mois pour «atterrir».
Le bus est bientôt là, il faut compter 3 h pour faire les 100km qui nous séparent de Santiago : il suit toute la côte. Ce n'est pas désagréable, en fait je n'imaginais pas toute cette autre vie parallèle à celle du Chemin : stations balnéaires animées, élevages de poissons au milieu des rias, ...
Voilà l'aventure se termine, l'aventure est terminée, le retour a commencé. Demain ce sera encore le bus avec cette fois 24h de trajet. Certains pèlerins m'ont raconté leur émotion à voir défiler en une journée, en sens inverse, toutes ces villes traversées au fil des mois. Je n'ai pas éprouvé cela ; en fait c'est un peu comme en avion : on voit défiler au sol des villes connues mais seul le nom est identique, il faut un effort d'imagination pour comprendre que ce sont les mêmes lieux que ceux parcourus à pied.
Il m'a fallu de longs mois pour relater mon Chemin, et je l'ai redécouvert. Quand j'ai commencé ce récit j'étais encore ébloui par son achèvement, par le fait d'avoir réussi, et partout autour de moi j'ai dit « allez-y, c'est facile ». En consultant mes notes je me suis aperçu que cela n'avait pas toujours été le cas mais je persiste : «allez-y, ce ne sera pas toujours facile, mais avoir vécu cette aventure vous fera oublier les quelques souffrances endurées».


Commentaire #1 du : Thu 06 August 2009, 11:04:33
Commentaire #2 du : Thu 06 August 2009, 11:27:42
Commentaire #3 du : Thu 06 August 2009, 18:20:54
Commentaire #4 du : Thu 06 August 2009, 18:21:36
Commentaire #5 du : Fri 07 August 2009, 09:35:27
Commentaire #6 du : Fri 07 August 2009, 11:26:57
Commentaire #7 du : Wed 12 August 2009, 17:47:59
Commentaire #8 du : Thu 13 August 2009, 08:54:51
Commentaire #9 du : Thu 13 August 2009, 09:29:16
Commentaire #10 du : Thu 13 August 2009, 14:42:38
Commentaire #11 du : Thu 13 August 2009, 14:59:38
Commentaire #12 du : Tue 25 August 2009, 16:50:22
Commentaire #13 du : Wed 02 September 2009, 19:36:12
Commentaire #14 du : Thu 10 September 2009, 19:09:24
Commentaire #15 du : Thu 10 September 2009, 19:11:37
Commentaire #16 du : Wed 23 December 2009, 16:26:13
Commentaire #17 du : Wed 23 December 2009, 18:59:55
Commentaire #18 du : Wed 23 December 2009, 21:01:43
Commentaire #19 du : Mon 01 March 2010, 18:55:24
Commentaire #20 du : Mon 01 March 2010, 20:28:51
Commentaire #21 du : Thu 25 March 2010, 17:14:37
Commentaire #22 du : Thu 25 March 2010, 17:52:56
Commentaire #23 du : Thu 25 March 2010, 22:15:36
Commentaire #24 du : Fri 26 March 2010, 08:27:34
Commentaire #25 du : Tue 15 June 2010, 16:04:21
Commentaire #26 du : Sun 20 June 2010, 16:47:24
Commentaire #27 du : Fri 25 June 2010, 08:09:09
Commentaire #28 du : Fri 25 June 2010, 09:21:39
Commentaire #29 du : Fri 25 June 2010, 10:17:57
Commentaire #30 du : Fri 25 June 2010, 11:01:29
Commentaire #31 du : Mon 28 June 2010, 15:24:08
Commentaire #32 du : Mon 28 June 2010, 18:43:09
Commentaire #33 du : Thu 08 July 2010, 05:55:04
Commentaire #34 du : Wed 14 July 2010, 09:44:25
Commentaire #35 du : Mon 19 July 2010, 18:03:56
Commentaire #36 du : Mon 19 July 2010, 18:05:30
Commentaire #37 du : Fri 23 July 2010, 23:01:30
Commentaire #38 du : Sat 24 July 2010, 09:48:18
Commentaire #39 du : Wed 29 September 2010, 20:11:32
Commentaire #40 du : Sun 03 October 2010, 11:34:25
Commentaire #41 du : Mon 08 November 2010, 22:33:15
Commentaire #42 du : Mon 08 November 2010, 22:47:34
Commentaire #43 du : Wed 02 February 2011, 16:00:18
Commentaire #44 du : Wed 02 February 2011, 20:49:33
Tout le monde peut rédiger un commentaire. Les utilisateurs inscrits (Voir S'identifier en bas de page) peuvent s'abonner à une discussion, c'est à dire être informés des nouveaux messages qui y seront déposés, et sont dispensés d'avoir à entrer le code de sécurité anti-spam.
Ecrire un commentaire