Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle du Puy-en-Velay au cap Finisterre
58ème jour : Santiago de Compostela (21 kilomètres)

mercredi 22 octobre 2008
Une fois arrivé à Santiago de Compostela :
- j'aurai parcouru 1551 kilomètres
- il en restera 88 à faire.
Mercredi 22 octobre, il est 6h15, je quitte l'auberge de Pedrouso. J'avais mis le réveil à 5h30 mais il n'a pas eu besoin de sonner ; beaucoup de pèlerins ont eu la même idée et même s'ils se préparaient en silence, l'excitation de toucher au but m'avait mis sur le qui-vive et je me suis levé en même temps qu'eux.
Nous avons formé un petit groupe, c'est plus prudent pour marcher la nuit. Le chemin navigue autour de la grand-route mais étant donné l'obscurité et l'état détrempé dans le quel il était hier nous avons décidé de marcher sur le bas côté de la route. Nous avançons avec la frontale et celui qui est en tête la tient à la main pour pouvoir l'agiter et bien nous signaler aux véhicules, assez rares, qui arrivent vers nous.
Le ciel est magnifique, comme lavé par les pluies d'hier, constellé d'étoiles, et chose qui ne m'était pas arrivé depuis des années je vois des étoiles filantes ; peut-être que nous sommes vraiment sur le chemin des étoiles. Je ressens une certaine fébrilité à marcher vers Saint-Jacques, j'y serai dans trois à quatre heures, après tous ces jours cela paraît presque irréel. Je ne suis pas le seul, notre groupe avance d'un bon pas et nous rattrapons d'autres pèlerins qui hier se plaignaient de mille maux et qui aujourd'hui se sentent des ailes ... ou presque car certains clopinent quand même mais tiennent à faire ces derniers kilomètres. L'armée en déroute se métamorphose en armée triomphante.
A Sampayo nous retrouvons les flèches jaunes et le chemin qui circule tantôt sur des petites routes tantôt à travers des forêts d'eucalyptus.
Au niveau de Monte do Gozo Saint-Jacques au loin nous accueille avec un arc-en-ciel.
Puis c'est la descente vers Santiago. On se crée des images et on se voit arriver au pied de la cathédrale mais Santiago est une grand ville et pour accéder au centre historique il faut patienter et traverser toute une zone urbaine. Je suis un peu en avance sur mon planning et je m'arrête à l'auberge Acuario juste avant le centre ville, c'est un peu rustique mais l'accueil y est très sympathique avec une ambiance particulière : beaucoup de pèlerins sont là depuis un ou deux jours soit pour visiter la ville soit dans l'attente de leur départ ; certains ont l'air de s'ennuyer d'autre de paresser ; ici l'heure d'extinction des feux est à minuit, c'est le Club-Med ! On me désigne mon lit, je dépose mon sac et en route pour le dernier kilomètre.
11h, je suis devant la cathédrale, les cloches sonnent à la volée, au loin un petit orchestre celtique. Emotion. J'appelle Hélène pour partager l'instant, j'ai la gorge serrée. Les cloches :
Je visite la cathédrale en attendant la messe des pèlerins qui a lieu tous les jours à midi. J'aimerais voir le Botafumeiro, cet énorme encensoir destiné autrefois à masquer les « vilaines petites odeurs » des pèlerins. Je ne sais pas si aujourd'hui cela serait encore nécessaire, entre pèlerins on se supporte très bien, mais ... En principe il n'est mis en action que dans des occasions exceptionnelles mais on m'a dit que désormais il suffit que quelqu'un fasse une donation et il semblerait que c'est assez fréquent, donc espérons.
Pourquoi assister à la messe puisque je ne suis pas croyant ? Sans vouloir choquer je dirai d'abord que ça fait partie du folklore, du déroulement normal de ce voyage, puis en route j'ai promis à quelques compagnons de penser à eux quand je serai ici et ce long périple mérite bien quelques instants de recueillement, de méditation ou tout simplement de savourer l'instant et l'endroit me paraît approprié. De plus, au-delà de toute croyance, je me sens proche, j'ai quelque chose à partager avec tous ceux qui, depuis des siècles, ont accompli ce parcours et qui sont passés ici.
La cérémonie m'a à la fois épaté et déçu. Déçu parce que pour une « messe des pèlerins » même si les bancs sont complets il y a une minorité de pèlerins, tout au moins de pèlerins marcheurs. La majorité est en civil, peut-être des pèlerins motorisés ou plus simplement des touristes venus là en curieux. Parmi les « marcheurs » j'ai reconnu beaucoup de mes compagnons de route et notamment la dame allemande qui avait quitté son compagnon en emportant la carte de crédit, lui n'est pas là, peut être que le nerf de la guerre lui a fait défaut. Epaté par le nombre d'officiants, l'apparat, le faste, les chœurs, les orgues, la diversité des nationalités, des langues, Quand je pense que c'est comme cela tous les jours, qu'est-ce que cela doit être en pleine saison ? Difficile de ne pas ressentir une émotion même si l'ambiance est aussi à la collecte de souvenirs : les flashs crépitent de partout même les officiants font leur récolte. Début de la messe : orgues, choeur ... :
A la fin de l'office, le Botafumeiro apparaît et traverse la nef de son ample balancement : grandiose, merci au généreux donateur. Cette fois-ci c'est sûr je ne pue plus.
Le Botafumeiro
L'après-midi obtention de la Compostela à la maison des pèlerins et visite très sommaire de la ville. Il fait beau et je me sens en forme, c'est décidé je pars au cap Finisterre, je n'ai pas envie de m'attarder ici. Comme d'habitude la ville me fatigue, j'ai envie d'aller de l'avant. Il faut que je m'organise, à l'office de tourisme j'obtiens les renseignements pour revenir du cap Finisterre puis il faut que j'aille à la gare routière pour préparer mon retour en France. Je réserve ma place dans un bus pour le 27 : départ 11h pour une arrivée le lendemain à 11h ; 24 h assis dans un bus ! N'y pensons pas d'avance Cela me donne quatre jours pour faire les quelques 100 km qui me séparent du cap. Toutes ces démarches, à pied, aux quatre coins de la ville me prennent tout mon temps. En ville je croise d'anciennes connaissances, la plupart préfère aller au cap en bus, ils ont eu leur dose.
Le soir repas dans un restaurant qui s'avère nul avec un service bâclé qui donne l'impression aux clients de gêner : heureusement je me suis payé une bouteille de Rioja ce qui maintient mon état euphorique.
Mes compagnons de dortoir ne se sentent pas obligés de profiter de la permission de minuit et préfèrent se coucher tôt pour récupérer. Je fais de même, demain direction la mer : mes chaussures et mes jambes devraient pouvoir supporter ce dernier effort.


Commentaire #1 du : Thu 13 August 2009, 09:43:15
Commentaire #2 du : Fri 01 October 2010, 22:31:17
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