Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle du Puy-en-Velay au cap Finisterre
37ème jour : Santo Domingo de la Calzada (21 kilomètres)

mercredi 01 octobre 2008
Une fois arrivé à Santo Domingo de la Calzada :
- j'aurai parcouru 964 kilomètres
- il en restera 676 à faire.
Mercredi 1er
Octobre, 7h du matin, Najera.
Ce matin, je ne sais pas pourquoi, réveil obligatoire à 6h, le départ se fait donc de nuit. Il fait frais, la polaire est indispensable. Direction là où il y a des poules dans une église pour commémorer la réparation d'une sombre erreur judiciaire dont vous pouvez découvrir le récit en suivant ce lien : Santo Domingo de la Calzada, calzado c'est une chaussure j'en déduis que calzada pourrait être la chaussée, le chemin donc.
Le refuge ne proposait pas de petit-déjeuner, mais il y avait
des machines à café. Le café largo, c'est-à-dire grand, est toujours servi sucré,
pas d'autre choix, et je ne sais pas avec quoi ils le font, mais la petite spatule en plastique reste
droite dans le gobelet, c'est de la pâte de café. Avec ça je mange des
madeleines, elles se conservent à peu près correctement sans se dessécher même
si elles s'émiettent un peu au cours du
temps. Je vous livre là des détails des plus intéressants !
Au départ de Najera, la lampe frontale m'a été indispensable
pendant environ une demi-heure. Le chemin était facile, le problème n'était pas
de ce côté, mais il fallait pouvoir distinguer les signes, les flèches jaunes. Derrière
moi, lever de soleil sur Najera.
Jusqu'à Azofra pas grand monde sur la route, mais ici il y a une autre auberge qui déverse ses pèlerins sur le chemin ; ils ont dû être réveillés beaucoup plus tard, les chanceux, car ils démarrent seulement. Il fait très beau, encore un peu frais et les paysages sont agréables, un peu vallonnés, cultivés.
Peu avant 9h je quitte Azofra après une pause café.
Hier, Hélène m'a envoyé un SMS puis me l'a confirmé au
téléphone : la bourse s'effondre, c'est le crack. Je ne dirai pas que je
m'en fiche car c'est quand même très embêtant mais ça ne m'atteint pas vraiment
pour le moment, je vis dans une bulle et j'ai pu constater que nous sommes tous
dans le même état sur le Chemin. Le réveil risque d'être douloureux.
Environ 11h, traversée de Cirinuela. A l'entrée de la ville
un super golf dont le green est super green je n'ose pas imaginer la quantité
d'eau qu'il absorbe. La ville est une
espèce de ville fantôme mais neuve. Les immeubles, les pavillons, les routes,
tout est neuf et il n'y a pas un chat. Tout a l'air inhabité. Je me demande si
c'est un effet de la crise des subprimes. Un peu plus loin la vieille ville
avec des maisons qui par contraste semblent complètement décaties, envahies
parfois par les herbes.
Le soleil est présent, il n'y a quasiment pas un arbre le long de la route mais il ne fait pas trop chaud.
Le paysage par sa dominante jaune due aux champs de blé récemment moissonnés évoque le désert mais en fait en été tout doit être vert. Les teintes sont pastel, les collines au profil adouci sont surmontées d'arbres et les terres labourées apportent une note rouge. L'ensemble est très agréable.
Arrivée peu avant 14h à Santo Domingo de la Calzada. J'ai de
la chance car l'auberge ferme à 14 h pour ne rouvrir qu'à 16h. Je vois plein
de marcheurs qui poireautent devant la porte en attendant la prochaine ouverture.
Cette auberge est le plus vieil établissement de ce genre sur le Chemin et ce n'est pas rien, elle remonte à 1044. Je vous rassure ils ont quand même changé la literie depuis. Il y a trois dortoirs, un entièrement rénové avec des sortes de box qui cassent le côté promiscuité, une partie plus sommaire sous les combles, mais sans lits superposés, sympathique avec ses grosses poutres apparentes, c'est là que j'échoue avec une vingtaine d'autres marcheurs, et le troisième nettement moins agréable, un dortoir immense tel que j'en ai déjà rencontré, ce sera là qu'atterriront ceux qui attendent dehors.
Depuis hier le paiement des refuges se fait par «donation»,
chacun donne ce qu'il peut, ce qu'il
veut. J'en soupçonne certains de ne rien donner du tout, il n'y aucun contrôle.
En général je donne 5 euros c'est à peu près la somme qui était demandée dans
les autres. Ce sont des refuges tenus par des œuvres caritatives espagnoles ou
autres, suisses, anglaises, ... Compte tenu du flot de pèlerins sur le Chemin l'entretien
de ces établissement, bâtiments, literie, sanitaires, cuisine, ... représente un
coût qui doit sûrement être compensé par des dons extérieurs. C'est l'esprit du
Chemin, en tant que pèlerinage, qui perdure et sans lequel il deviendrait tout
à fait autre chose, je suis conscient que j'en bénéficie.
La ville est plein réaménagement, il ya des travaux partout,
la cathédrale est couverte de filets et d'échafaudages ce qui gâche l'effet. Je
veux me rabattre sur l'intérieur mais là aussi il faut attendre 16h :
apparemment ici la vie s'endort jusqu'à cette heure. Je suis sur la grande place,
il n'y a pas un chat, il fait chaud j'en profite.
17h45 je sors de visiter la cathédrale. C'est comme à Burgos que j'ai visité à une autre occasion, l'entrée est libre jusqu'à une grille à travers laquelle on aperçoit tous ces fabuleux trésors mais pour en voir plus il faut payer. Les pèlerins ont droit à une réduction sur présentation de leur crédentiale : 2,5 euros au lieu de 3,5.
A l'intérieur beaucoup de belles choses. En plus de la
cathédrale elle-même il y a une exposition avec des objets cultuels, ciboires
en or, etc..., des sculptures et des tableaux, notamment des triptyques dont
celui de « L'annonciation » de Van der Berck (si j'ai bien noté le
nom) très lumineux, très fin qui m'a particulièrement séduit.
Dans la cathédrale, déception, la crypte où séjournent
habituellement les poules est en réfection ! Donc pas de poules. Pas de pot.
Sinon on peut monter sur le toit,
honnêtement rien d'extraordinaire, la vue sur la ville n'est pas assez
dégagée, mais ça me fait toujours plaisir : j'aime bien
monter sur les toits des cathédrales. Pour arriver là haut il faut emprunter un
escalier étroit dont il est demandé de fermer la porte. En redescendant je remarque
l'écriteau apposé sur la face intérieure de la porte : « Si la porte
est fermée à clé, merci d'appeler », il doit falloir crier très fort vu
l'épaisseur des murs !
Ici il y a deux paradors installés dans des cloitres et dont on peut apercevoir le luxe à travers de grande fenêtres qui donnent sur la rue : il y a des Chemins plus douloureux que d'autres !
Ce soir des pèlerins m'ont proposé de partager le repas qu'ils vont préparer dans la cuisine du refuge. J'ai accepté, en France j'avais regretté de ne pas l'avoir fait. Aujourd'hui c'est l'occasion d'essayer.


Commentaire #1 du : Sat 27 June 2009, 17:42:50
Commentaire #2 du : Sat 27 June 2009, 19:33:56
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