Vendredi 18 septembre. Départ de l'auberge d'Irun sous une pluie battante qui consentira à s'apaiser, non pas s'arrêter, uniquement ce soir à San Sébastian. Une demi-heure plus tard ce ne sont plus des chaussures mais des bassines à moitié pleines que mes pieds vont devoir traîner jusqu'au bout de l'étape. Un succession de côtes très raides avec des chemins escarpés, glissants où je me retrouve plusieurs fois sur les fesses, des descentes qui mériteraient un escalier avec rampe mais des paysages magnifiques toutefois entachés par le mauvais temps. A l'arrivée je suis beaucoup plus fatigué qu'après une longue étape, épuisé avec en prime un fort mal au dos sans doute dû aux descentes et aux kilomètres accumulés les jours précédents.
Voilà ce que pourrait-être le résumé catastrophique de cette journée de prise de contact avec le Camino Norte. Il faut vite arrêter son imagination qui se met à envisager la répétition désespérante de ce scénario pendant les quelques 800 km restants. Je lui préfère mille fois celui d'une route sans fin sous un soleil de plomb dans les Landes ! Ne nous plaignons pas, j'apprendrai ce soir que, suite à ces pluies exceptionnelles, Bayonne et sa région ont été inondées ; tout compte fait on était sûrement mieux dans les hauteurs qu'en plaine.
Donc hier traversée de la ville puis escalade de la montagne en direction du sanctuaire de Guadalupe sous des trombes d'eau. Très rapidement j'ai les pieds trempés puis les chaussures pleines d'eau. A chaque pas je sens mes pieds qui clapotent et l'eau qui bascule de l'avant à l'arrière et inversement, c'est très inconfortable, un peu angoissant (à quand la première ampoule ?) et culpabilisant (quelle idée de renvoyer les guêtres !). Christian lui a sagement revêtu un pantalon de pluie qui recouvre largement ses chaussures, il arrivera les pieds secs. Il faut choisir, voyager léger ou avoir les pieds secs. Quand nous arrivons au sanctuaire une pèlerine est en train de remettre sa cape puis le quitte. Nous profitons un moment du préau qui entoure le bâtiment pour nous reposer à l'abri. Impossible de visiter l'intérieur, c'est fermé, quelqu'un sort, on essaye de négocier, rien à faire. Au loin on aperçoit Irun et Hendaye autour de l'estuaire de la Bidassoa. J'ai peur que ce soit une journée sans photo, chaque tentative met en péril l'appareil.
Nous reprenons la route, pas d'accalmie en vue. Plus loin nous retrouvons la pèlerine. C'est une bonne marcheuse, il nous a fallu longtemps pour arriver à son niveau, c'est une Française, nous nous saluons mais nous comprenons qu'elle préfère continuer seule.
Vers midi nous sommes en vue de Pasajes de San Juan le village où nous allons devoir traverser en barque un estuaire très encaissé. La route cimentée descend à pic, les petits bateaux on l'air de danser sous nos pieds ; elle est recouverte par plaque d'une espèce d'algue verte gorgée d'eau et glissante sur laquelle je dérape et me retrouve au sol, sans dégât heureusement ; il va falloir que je me méfie. Christian n'a pas l'air d'avoir les mêmes difficultés peut-être parce qu'il a un bâton (d'accord, eux non plus je n'aurais pas dû les renvoyer !) et une plus grande habitude des sols gelés.
A Pasajes nous nous réfugions dans un café, nos vêtements de pluie créent une mare sous le porte-manteau. Nous commandons un sandwich à l'omelette et au pommes de terre, quelque chose qui cale bien. L'eau dans mes chaussures commence à se refroidir, ne nous attardons pas. Nous partons vers l'embarcadère, puis c'est la courte traversée de l'estuaire en barque, 60 centimes. De l'autre côté le chemin est très raide. Il surplombe la mer, c'est splendide mais il faut bien le dire assez casse-gueule, inquiétant avec les pierres rendues glissantes par la pluie ; je n'en mène pas large et suis content d'en finir avec ce passage délicat.
Bientôt c'est San Sébastian. Le chemin encore une fois domine la ville et ses plages. La descente est très abrupte tantôt sentier tantôt escalier. On a l'impression que l'on va toucher le toit des immeubles, de descendre de ces bâtiments par un escalier extérieur, en quelques minutes nous passons d'une centaine de mètres au niveau de la mer. En bas je commence à être épuisé à force de freiner et d'être attentif aux risques de glissades, mon dos crie. Christian à l'air bien mais il lui tarde aussi de se poser.
L'auberge de pèlerins est fermée en cette saison, il nous faut rejoindre l'Auberge de Jeunesse à l'autre extrémité de la ville que nous traversons en longeant les plages, sans rien visiter, tant pis. Notre farniente d'hier à Saint-Jean-de-Luz n'est plus qu'un lointain souvenir.
Nous arrivons à l'AJ vers 15h. En principe l'accueil ne débute qu'à 16h mais est-ce notre aspect détrempé, épuisé ou le sésame du mot « Santiago », ils nous ouvrent les portes. Nous atterrissons dans un grand dortoir avec lits superposés qui est déjà bien occupé mais, chance, il reste des lits du bas. Malgré leur long bain forcé mes pieds arrivent ridés et blancs mais sans ampoule. Une fois requinqués nous allons faire un petit tour de quartier à la recherche de provisions pour demain, Christian achète fromage, saucisson, vin, il veut goûter à tout. Puis nous allons prendre notre repas dans le foyer d'une maison de retraite qui nous a été indiquée à l'accueil de l'AJ et qui sert des «menus pèlerins» pour 8 euros boisson comprise.
Demain le guide de Christian propose une étape à Getaria à environ 27 km, le mien, un guide espagnol, cale ses étapes sur les Auberges de pèlerins et propose Zarautz à 21 km. Nous déciderons en fonction du temps et de notre forme ; de toutes façons il n'est pas possible de réserver donc autant se fier à la sensation du moment, j'espère simplement que le ciel va se calmer, mais peut-être qu'on finit par s'habituer à ça aussi.



Commentaire #1 du : Sun 08 August 2010, 22:27:35
Commentaire #2 du : Mon 09 August 2010, 09:55:20
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