Mardi 22 septembre, ce matin départ de Markina à 7h30 sous un ciel très couvert mais sec.
8h30, au niveau d'Iruzubieta il commence à pleuvoir. Il faut reconnaître que je commence à ressentir une lassitude de tous ces jours de pluie qui se suivent sans grand intérêt si ce n'est celui d'avancer, on ne peut même pas profiter du paysage.
9h Bolibar, qui serait la patrie des ancêtres de Simon Bolivar ; un musée et une stèle de reconnaissance du Venezuela lui sont consacrés. Il ne pleut pas vraiment, quelques gouttelettes, une ambiance que je qualifierais bien de bretonne si je n'avais pas peur des représailles de personnes qui me sont proches. A la sortie du village un chien surgit de derrière un pan de mur, bondit sur moi... est stoppé net en plein élan par la chaîne qui le retient. La scène n'a duré que quelques secondes. A un mètre près il m'arrachait un bras. J'ai le cœur qui cogne et la chair de poule. Le long du chemin, dans cette région, beaucoup de chiens en liberté courent après nos mollets mais jusqu'à présent ils avaient l'air de s'en tenir aux sommations, celui-ci est passé à l'action. Est-ce parce qu'il est dangereux qu'il est attaché ou est-ce qu'il se lance de cette façon parce qu'il sait que la chaîne va le retenir ? Un peu plus loin nous passons devant le monastère de Cenarruza, il héberge une auberge de pèlerins mais il faut vraiment avoir envie de se retirer du monde : il est perdu au milieu de nulle part. Je ne regrette pas notre arrêt à Markina.
10 h30 Munitibar, en plaisantant nous déformons le nom en « multi-bars » mais nous avons du mal à en trouver un seul. On y fait une courte pause, un café et une pâtisserie, Christian adore les pâtisseries, nous ravigotent après la descente glissante et périlleuse qui nous amenés jusqu'ici par des sentiers défoncés par la pluie. Au mur une collection de bérets, sans doute les trophées de l'équipe de football locale.
14h nous arrivons à Guernica, il ne pleut pas vraiment mais l'humidité règne. Il faut nous restaurer avant de reprendre la route. Nous atterrissons dans un bar du centre ville où nous commandons une série à la dimension de notre faim de petits sandwichs très appétissants : l'addition est salée ! Nous venons de faire connaissance avec les tapas, savoureux mais hors de prix surtout dans ce quartier un peu chicos.
Pour retrouver le Chemin nous interceptons un des rares passants. Le mot magique « Camino » ne fonctionne pas jusqu'à ce qu'il s'exclame « Ah vous cherchez le Donejakue Bidea !» c'est à dire le Camino de Santiago mais en basque. Le parcours à travers la ville a été étudié pour nous faire passer devant les principaux monuments, la Plaza des los Fueros, l'église San Pedro et surtout les restes de l'arbre de Guernica. Ici, dans cette ville entièrement reconstruite, moderne, à la circulation compliquée, je n'éprouve pas l'émotion que provoque la simple évocation de ce nom, « Guernica ». Je ressens une sorte d'oppression, comme si j'attendais quelque chose. Je suis déjà venu ici à une autre occasion et je pensais que cette fois en traversant la ville à pied le déclic se produirait. Mais rien. Pas plus que la première fois où le temps était d'ailleurs aussi maussade. Qu'est-ce que j'espérais ? Qu'on rejoue pour moi tout seul la tragédie vue tant de fois en images ? Un nouvel Oradour-sur-Glane figé dans l'horreur ? Peut-être n'y a-t-il rien à attendre, juste se souvenir, ne pas oublier et laisser vivre Guernica.
La montagne nous attend à la sortie de la ville avec à nouveau ses sentiers boueux qui nous conduisent un peu plus tard à un croisement sur une route importante. Un panneau indique Morga, l'auberge se situe à Meakaur par Morga. Faut-il suivre cette direction ? Nous hésitons. Un cycliste s'arrête, lui aussi voudrait aller à l'auberge. Il part en reconnaissance sur la gauche et revient peu de temps après, ce n'est pas par là. Un groupe de cyclistes passe, ils doivent être du coin parce qu'ils connaissent : c'est à droite, il faut suivre la route jusqu'à... puis... vers 17h nous voilà à l'auberge. Autour quelques rares maisons, heureusement l'auberge fait demi-pension.
Bientôt on se retrouve à sept pensionnaires, le cycliste croisé tout à l'heure qui est Argentin et fait du tourisme à vélo, sans rapport avec Saint-Jacques, l'Espagnol qui nous avait doublé hier, Martin, un Allemand, Norbert, que nous avions rencontré à Irun et puis Renée et Jean-Louis qui sont arrivés jusqu'ici à la force du poignet, si j'ose dire, car Jean-Louis dont l'entraînement à la marche est inexistant a un peu mal aux pattes. Christian a négocié avec le patron la possibilité d'utiliser le sèche-linge, et tour à tour nous en profitons pour chasser l'humidité de nos vêtements.
Le soir excellente soirée autour d'un repas pèlerin : spaghetti en entrée, beefsteak-frites, un yaourt et vin à volonté. Chacun y va de sa petite histoire, on mélange les langues en rajoutant l'inévitable, mais, il faut bien l'avouer, indispensable anglais, Martin qui nous avait doublés sans perdre trop de temps en conversation se rattrape aujourd'hui, Jean-Louis avec son accent du Sud-Ouest ne lâche pas facilement le crachoir, un «commercial» né, Norbert nous surprend en dégustant un poivron rouge qu'il sort de son sac, il est végétarien...
Demain ce sera l'incontournable Bilbao, un peu plus de 25 km. Plutôt que de nous entasser tous dans le même dortoir le patron nous a répartis dans plusieurs chambrées, nous avons tous un lit du bas. Une bonne nuit en perspective. Il n'y a plus que le soleil qui manque à la fête.



Commentaire #1 du : Fri 20 August 2010, 15:05:13
Commentaire #2 du : Fri 20 August 2010, 15:23:14
Commentaire #3 du : Fri 20 August 2010, 17:17:56
Commentaire #4 du : Fri 20 August 2010, 18:47:59
Commentaire #5 du : Sat 21 August 2010, 14:55:25
Commentaire #6 du : Thu 26 August 2010, 14:18:39
Commentaire #7 du : Thu 26 August 2010, 14:29:09
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